Plats vegan de cuisine africaine

Afro-Véganisme | Une Lutte contre l’Exploitation du Vivant

Photo d'Alexandra Selier

Qui est Alexandra Selier ?

Alexandra était la première salariée des Impactrices, en tant que chargée de communication en alternance, entre 2022 et 2023. Réunionnaise, elle se sent particulièrement concernée par le sujet de l’afro-véganisme. Elle a donc rédigé cet article pour nous. Elle poursuit aujourd’hui ses études dans la communication.

Le véganisme connaît une popularité croissante en France ces dernières années, notamment pour des raisons éthiques, environnementales ou sanitaires. Ce régime alimentaire est principalement promu par des influenceureuses blanc·hes, souvent citadin·es et privilégié·es. Si le terme est pour la première fois apparu en Grande-Bretagne, ses racines remontent en fait bien plus loin. On en retrouve les origines dans les cultures et croyances du continent indien et d’Asie occidentale, et même de l’antiquité. Pourquoi alors les personnes non-blanches sont-elles tant absentes dans la représentation de ce mouvement ancestral ? Qu’est-ce que l’afro-véganisme et pourquoi c’est un acte militant contre l’exploitation du vivant ?

Le véganisme, un truc d’occidental ?

Végétarisme, végétalisme, véganisme : de quoi parle-t-on ?

Avant d’aborder la genèse du véganisme, il nous semble indispensable de poser les bases du concept.

Le végétarisme, c’est le fait de ne pas manger de viande ni de poisson. Tout ce qui implique la mort d’un animal.

Une étape au-dessus, le végétalisme exclut en plus tous les produits d’origine animale. Ainsi, les végétalien·nes ne consomment pas d’œufs, de fromage ou de miel par exemple. Les animaux sont exploités pour obtenir ces produits, on fait donc un lien avec le bien-être animal.

Enfin, les personnes vegans (ou véganes) excluent l’exploitation des animaux de leur assiette, mais aussi de leur quotidien. Iels n’achètent ainsi aucun produit contenant du cuir, de la cire d’abeille, de la fourrure ou de la laine. Les produits testés sur les animaux sont également exclus.

La genèse du véganisme

Le saviez-vous ? Le véganisme est initialement issu d’une éthique et de croyances indiennes et asiatiques. Il naît en Europe sous la forme d’un mouvement de défense des animaux, en Grande-Bretagne, au début du XXe siècle. Le terme « véganisme » est quant à lui apparu pour la 1re fois en 1944. On en attribue la parentalité à Donald Watson et Elsie Shrigley, activistes et co-fondateurices de la Vegan Society.

Inspirés du mouvement végétarien, ils décident alors d’aller plus loin en rejetant également tous les produits d’origine animale, y compris les produits laitiers, les œufs et le miel.

Mais dans les faits, le véganisme n’est pas né au XXe siècle. Des groupes religieux en Asie pratiquaient déjà le végétalisme, une forme de véganisme limitée à une alimentation végétalienne. Dès le Xe siècle émerge en Inde le jaïnisme, une religion qui impose le respect absolu de toute vie (y compris animale). L’hindouisme s’inscrit dans le prolongement de ce principe. Et s’y l’on remonte encore un peu, on s’aperçoit qu’à l’époque de la Grèce Antique, des penseurs comme Pythagore ou Orphée prônaient déjà des valeurs vegans. Ils incitaient ainsi de nombreux disciples à ne pas manger de viande et à ne pas porter de laine.

Véganisme et décolonisation

Les racines politiques et sociales du véganisme moderne sont liées à la mouvance abolitionniste de la fin du XIXe siècle. La lutte contre l’esclavage a en effet émergé à la même époque que la mouvance de protection des animaux. On peut établir le lien entre véganisme et colonisation de différentes façons. D’une part, certaines cultures indigènes pratiquaient déjà des formes de végétalisme ou de véganisme. Les colons européens y ont peu à peu introduit la consommation de viande. D’autre part, le système capitaliste, qui a accompagné la colonisation, a largement contribué à la production industrielle de viande à grande échelle. Avec pour conséquences :

  • l’exploitation des travailleurs et travailleuses agricoles et des animaux d’élevage ;
  • un épuisement des ressources naturelles ;
  • une surconsommation de viande.

Dès lors, le mouvement végan peut être considéré comme un moyen de décoloniser notre alimentation. On y choisit des modes de vie et de consommation qui ne reposent pas sur l’exploitation des personnes, des animaux et de la planète. Cependant, notons que le véganisme peut également être influencé par les préjugés et les stéréotypes liés à la colonisation. Les personnes racisées peuvent faire face à des obstacles dans l’adoption d’un mode de vie végane, en raison de la discrimination systémique. Il est donc important de continuer à sensibiliser les gens aux enjeux de justice sociale et environnementale, et de soutenir les initiatives véganes qui sont inclusives et accessibles pour toutes les personnes, tout en faisant attention à ne pas s’approprier les recettes et savoir-faire des cultures non-occidentales ou extra-européennes.

Véganisme et appropriation culturelle

D’abord, l’appropriation culturelle, c’est quoi ? C’est l’exploitation, la capitalisation et la dénaturation d’une culture par une classe dominante. On parle notamment d’appropriation culturelle dans le véganisme avec certaines spécialités traditionnelles, issues de cultures non-occidentales. Par exemple, les aliments végétaliens tels que le tofu et le tempeh sont souvent associés à la cuisine asiatique. Or on les retrouve de plus en plus dans des enseignes détenues par des personnes blanches occidentales. Il est donc important de respecter les racines culturelles, et les traditions associées à ces aliments. Cela passe par le soutien d’entreprises dirigées par les membres de ces cultures, qui sont souvent les gardien·nes de ces traditions culinaires. D’ailleurs, en France, ce mouvement de soutient tend à se développer ces dernières années. A ce titre, connaissez-vous l’afro-véganisme ?

L’afro-véganisme : un mouvement de lutte contre toutes les formes d’exploitation

L’afro-véganisme : kezako ?

C’est Bryant Terry, chef cuisinier et auteur, qui a popularisé le terme « afro-véganisme » dans son livre Afro-Vegan: Farm-Fresh African, Caribbean, and Southern Flavors Remixed, publié en 2014. Cependant, les racines de l’afro-véganisme remontent bien avant cela. Les régimes alimentaires à base de plantes ont été une partie intégrante de l’histoire et de la culture de nombreux pays africains et afro-caribéens depuis des siècles. Les pratiques culinaires traditionnelles comprennent souvent des plats à base de légumes, de grains entiers, de noix et de fruits, en plus de petites quantités de produits animaux tels que le poisson, le lait et les œufs. L’afro-véganisme est donc en partie un retour aux sources pour ces communautés, qui cherchent à redécouvrir et à promouvoir une alimentation saine et durable qui honore leurs traditions culturelles.

En 2024, l’afro-véganisme continue d’être un mouvement en croissance. De plus en plus de personnes s’intéressent à une alimentation végétalienne, qui prend en compte les cultures alimentaires africaines et afro-caribéennes. Il y a également une prise de conscience croissante de l’importance de la justice alimentaire et environnementale pour les communautés noires et marginalisées. Les réseaux sociaux et les médias jouent un rôle important dans la diffusion de ces idées et dans la création de communautés afro-véganes, qui partagent des recettes, des astuces et des informations.

L’afro-véganisme, un héritage ?

L’afro-véganisme peut être considéré comme un héritage de pratiques alimentaires traditionnelles africaines, qui mettaient l’accent sur une alimentation à base de plantes et d’aliments cultivés localement. Avec la colonisation et la mondialisation, les régimes alimentaires occidentaux riches en viande, en produits transformés et en aliments importés ont remplacé ces pratiques alimentaires traditionnelle. Cela a engendré des conséquences négatives sur la santé et l’environnement. On note par exemple des taux élevés de maladies chroniques, une biodiversité et une sécurité alimentaire en péril. Ainsi, l’afro-véganisme permet de redécouvrir et réinventer les cuisines afro-caribéennes et africaines, pour répondre aux défis actuels.

Il y a encore peu de représentations d’un véganisme non-blanc en France. Mais grâce à des mouvements comme l’afro-véganisme, les choses bougent petit à petit, et emporte aussi un changement des mentalités. Donc non, le véganisme n’est pas qu’un truc de blanc.hes. Il s’inscrit dans un mouvement beaucoup plus large de respect de la condition du vivant, humain comme animal. Un mouvement qui se retranscrit dans nos assiettes et notre quotidien. Le véganisme est souvent vu comme un carcan de perfection. Heureusement, une nouvelle génération d’influenceureuses balaye cette vision.


Mangeuse d’herbe nous le prouve avec plus de 46K abonnés sur Instagram. Charlotte Polifonte, de son vrai nom, partage sa vision du véganisme avec sa communauté. Pour elle, l’afro-véganisme n’est pas qu’un régime alimentaire. C’est aussi un acte politique, qui permet de lutter contre un système capitaliste encourageant les génocides culturels et culinaires. Nous l’avons donc conviée à animer un live sur Insta lors du dernier Printemps des Impactrices, avec Cannelle Fourdrinier. Vous pouvez retrouver le replay ici !

Pour conclure, avec les mots de Charlotte : “Aujourd’hui, l’idée est de se réapproprier l’héritage de nos ancêtres, et d’embrasser pleinement notre culture en se réconciliant avec des aliments de la Caraïbe et de l’Afrique”. Le véganisme n’est pas l’exclusivité d’une seule culture, elle doit rassembler et permettre à chacun·e de prendre sa place à la table de la lutte contre le changement climatique et sociétal. Un véganisme plus inclusif pour un vrai véganisme !

Pour aller plus loin

Afro-Vegan: Farm-Fresh African, Caribbean, and Southern Flavors Remixed, de Bryant Terry (2014)

Live Insta de Charlotte Polifonte et Cannelle Fourdrinier sur l’afro-véganisme

 

Crédits photo : Image par Elegance Nairobi de Pixabay